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Édito : « Qui terrorise qui ? »

Qui terrorise qui ?

Depuis plus de 10 mois maintenant, 7 enfants, frangin.es, ami.es et camarades arraché.es à leurs proches, sont inculpé.es pour « association de malfaiteurs terroristes ». La Police les soupçonne d’avoir eu l’intention de planifier des « actions violentes » contre la Police. La boucle s’est bouclée sur les Inculpé.es du 8/12.

Ce texte revient sur l’Affaire du 8/12, ce coup de filet qui tombe à pic témoigne des dérives totalitaires de l’état français qui nous concernent touxtes. Elle montre encore une fois qu’il est possible pour la police, grâce à l’outil antiterroriste, d’emprisonner des militant.es (et assimilé.es) pour de « vagues soupçons » d’intentions de « s’en prendre aux forces de l’ordre ».

« La France traverse la période la plus répressive de son histoire en temps de paix. » (Fassin, 2017)

Depuis 2000, pas une année ne s’est écoulée sans qu’une loi sécuritaire ne soit votée. Cette spirale répressive s’incarne chaque jour, dans de nouvelles lois liberticides, dans l’emprisonnement et l’expulsion des sans papiers, dans les rafles de Frontex, dans l’écrasement policier, judiciaire et médiatique des mouvements sociaux, des musulman.es, de la jeunesse des quartiers, des lycées et des teufs. Que dire d’un pouvoir qui supprime des lits d’hôpitaux en pleine pandémie pour offrir des drones à sa police ?

Et au cœur de cette spirale répressive, on trouve l’antiterrorisme. L’antiterrorisme, c’est quand chacun.e d’entre nous, s’yel n’est pas En Marche, devient un potentiel ennemi de l’État. Toute la population devient suspecte dans une gigantesque enquête paranoïaque. Un pouvoir qui tente de réaliser le risque 0 de la subversion est un pouvoir totalitaire. Mesurer par la surveillance, contrôler par le travail, neutraliser par la répression et l’éducation.

Oui l’antiterrorisme nous éduque, on veut nous faire désirer la répression et le sadisme pénal. Ils nous assoiffent de libertés pour nous abreuver de vengeance punitive. C’est ce que l’anthropologue Didier Fassin a nommé le « moment punitif » : l’État éduque nos passions par la peur et la haine ! Haine des illégalismes, et du moindre détail qui viendrait perturber la Marche de l’Ordre. Ils veulent nous faire aimer la police…

Et le gouvernement par la peur ne fonctionne que s’il y a la jouissance de la punition. Et pour jouir de l’infliction d’une souffrance à autrui, il faut le.a déshumaniser. Voilà aussi l’antiterrorisme : l’extension, par l’amalgame, l’ignorance et la peur, l’extension du domaine de la déshumanisation, et donc du non-droit. Alors à quoi ça mène ? Des CRA (Centres de Rétention Administrative), de la terreur policière, des QPR (Quartiers de Prise en charge de la Radicalisation), ou encore la surveillance de masse. C’est bien parce que les technologies de l’informatique nous ont dépossédé.es de vie privée que l’État peut d’autant plus nous priver de vie.

Ce qui nous menace c’est pas l’ultragauche, c’est l’ultra-glauque.

Le terrorisme ne qualifie pas la gravité d’un acte, mais son degré de dissidence politique. Indépendamment de l’acte commis, ce sont les intentions de l’acte qui permettent de le juger terroriste ou non.

On apprend dans le code pénal, article 421, que le fait d’introduire dans l’atmosphère, sur le sol, dans le sous-sol ou dans les eaux, une substance de nature à mettre en péril la santé de l’homme ou des animaux ou le milieu naturel ; ne peut être considéré comme du terrorisme que s’il est « intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».
C’est donc le rapport à l’ordre public qui définit le terrorisme et permet à quelqu’un comme Patrick Pouyanné, le pdg du groupe Total, d’échapper à la qualification de terroriste. C’est aussi ce paradoxe qui fait que le récent meurtrier d’extrême-droite qui a tué 3 gendarmes soit qualifié de « forcené » dans les médias et non de terroriste.

L’antiterrorisme n’est donc pas là pour protéger de potentielles menaces pour les humains, mais de potentielles menaces pour l’ordre républicain et économique. C’est une arme de guerre contre toute forme de dissidence. A partir du moment où vos opinions et vos désirs vont à l’encontre du pouvoir de l’État et de ses mythes, une partie de AirSoft ou un simple cours de boxe peuvent devenir « des actes préparatoires à la commission d’actes terroristes ».

Pourtant, la dissidence est une nécessité car l’état est profondément patriarcal, la république profondément raciste et le capitalisme est profondément destructeur et violent. L’autoritarisme ne fera qu’amplifier ces violences systémiques. Ils veulent ériger en ennemis du peuple, les militant.es qui combattent chaque jour ce système violent.

Ils auraient pu dire : « coup de filet dans l’antifascisme » mais ça ferait peut être un peu trop fasciste non ? Laissons-ça à la Russie qui torture des anarchistes aux électrodes. Ils auraient pu dire « coup de filet chez les pro-kurdes », mais ça ferait un peu trop Turquie, où Erdogan massacre les opposant.es politiques. « Coup de filet chez des écologistes radicaux » peut être ? Mais ça ferait un peu trop Colombie, où les défenseur.euses de l’environnement sont assassiné.es.

Et donc, les bouches vomissantes des médias et de la police nous parlent d’un « coup de filet dans l’ultragauche », agrémenté d’images de blackblocs, et ça passe… Sauf que, depuis le 8/12, il y a 7 libertaires mis en examen pour « association de malfaiteurs terroriste ». Trois d’entre elleux sont encore emprisonné.es sous régime « terro » (Détenus Particulièrement Signalés), dont un à l’isolement depuis ces dix longs mois. Les autres sont en contrôle judiciaire, après 4 mois et-demi d’enfermement pour 2 d’entre elleux. Yels encourent jusqu’à 20 ans de prison.

Rappelez vous l’État d’urgence, entré dans le droit commun en 2017 par Macron ! C’est cela aujourd’hui qui permet, avec le consentement des masses, de torturer par l’enfermement et l’isolement de manière préventive des militant.es libertaires et leurs proches, parce que la police les soupçonne d’avoir eu l’intention de mettre en place un plan pour attaquer la police ? C’est une farce de plus qu’aucune justice digne de ce nom ne peut cautionner !

Soutenir, en parler, se rencontrer

Le comité de soutien rennais aux inculpé.es du 8/12 organise en ce moment un cycle de rencontres « Qui Terrorise Qui ? », 20 jours contre les violences d’État : criminalisation des luttes, enfermement, antiterrorisme… Ce sera l’occasion d’apprendre, de discuter, de tisser des liens et d’affirmer des solidarités. Vous pouvez suivre nos actualités et publications sur le blog www.soutien812.net. Si vous voulez aider financièrement pour les frais de justice notamment, vous pouvez le faire sur leur cagnotte en ligne : https://www.cotizup.com/soutien-8-12

Édito écrit par Le comité des inculpé.e.s du 8/12