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Édito : « De la collapsologie à l’écologie décoloniale »

De la collapsologie à l’écologie décoloniale

Collapsologie, effondrement(s), fin(s) du monde ? Ces thématiques reviennent régulièrement dans l’actualité. Elles nous inspirent souvent de la peur, de l’anxiété, ou bien une certaine angoisse et un sentiment d’impuissance face à la catastrophe annoncée. En mettant en commun nos ressentis et nos perceptions de la collapsologie, lors de la causerie sur ce sujet, c’est bien cette peur qui est revenue en premier.

La peur de l’effondrement suscitée par ce sujet, est issue de la vision de l’histoire que nous propose la collapsologie. Jared Diamond, dans son « best-seller » Effondrement (Collapse, en anglais ) s’appuie sur une histoire de l’Île de Pacques, comme symbole d’un effondrement passé, provoqué par les pascuans eux-mêmes, sciant ainsi la branche sur laquelle ils sont assis. Cette version de l’histoire, nous apprend que les pascuans, avant même l’arrivée des européens, auraient sur-exploité leur bout de terre, dans un climat rude, jusqu’à ce que les ressources nécessaires ne soient plus disponibles, provoquant ainsi un effondrement de la population (de 15.000 selon J. Diamond, à quelques 3.000 en quelques décennies).

Les Rapa-Nuis, par ailleurs reconnus comme des bâtisseurs talentueux, et avec une culture importante, sont ici présentés comme les coupables d’un « éco-suicide ». Une accusation facile, qui oublie ou considère comme négligeable la responsabilité qu’ont pu avoir les colons, les maladies véhiculées, la colonisation et l’esclavagisme qui ont suivi. Les récentes recherches, tant archéologiques qu’anthropologiques, montrent plutôt à l’inverse que cette population a été une des victimes du pillage colonial.

Au-delà de l’exemple Pascuan, il ne s’agit pas de nier les dégradations humaines sur l’environnement, ni les conséquences que peuvent avoir une surpopulation relative. Toutefois, il semble impossible qu’une population puisse atteindre 5 fois sa « capacité » et diminuer ensuite drastiquement, sous la pression des ressources locales. De même, comment affirmer que les chamboulements climatiques et écologiques actuels soient directement causés par une surpopulation mondiale ?

Au vu de nos modes de vies occidentaux, il semble pourtant que, plus que la population, notre société capitaliste et productiviste soit au cœur du problème. Une fois encore, il est tentant de culpabiliser les classes moyennes ou défavorisées, en ciblant la croissance de la population comme enjeu principal ; en désignant comme coupables les populations qui sont finalement les premières victimes du changement climatique, alors même que leur mode de vie n’est pas à l’origine des changements actuels.

De part son côté eschatologique (études sur les « fins du mondes »), la collapsologie n’invite pas forcément à l’action : source d’angoisse ou de fatalisme, elle peut empêcher de se mettre en mouvement, ou inviter à rejeter la culpabilité ailleurs. Tant qu’on se sent impuissant à agir, ou à avoir un impact, il est difficile de se mobiliser.

Existe t’il d’autres courants dans la collapsologie, qui ne reproduisent pas l’ethnocentrisme très présent chez J. Diamond ? C’est une des questions qui pourrait être discutée lors des prochaines réflexions du chantier Eco Deco Fem ( Ecoféminismes et écologie décoloniale ) Pour nos prochaines discussions, nous souhaitons aussi explorer l’écologie décoloniale, qui nous apparaît avec un regard décentré, et plus tourné vers l’avenir, et pouvant aussi proposer des solutions. Un arpentage de « Écologie décoloniale », de Malcolm Ferdinand, est proposé et ouvert à toutes et tous le 18 novembre, pour commencer à discuter de ce nouveau sujet.

Édito écrit par Jeremy