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Édito : « Sexisme(s) à la loupe et réflexions empouvoirantes… »

Sexisme(s) à la loupe et réflexions empouvoirantes…

Depuis plus de deux ans, l’équipe du CRIDEV a mis au travail les questions féministes en accordant une forte place aux discours, aussi bien pratiques que théoriques (#féminismes matérialiste et intersectionnel). D’abord accompagnées et (dé)formées par le collectif d’éducation populaire politique La Trouvaille, c’est avec le lancement de plusieurs chantiers que l’équipe poursuit aujourd’hui ses réflexions…

C’est ainsi qu’un groupe de travail s’est formé autour de la thématique : « sexisme en milieux professionnels et militants ». Régulièrement, les personnes qui participent au chantier se réunissent et témoignent de leurs propres expériences, échangent autour des situations de sexisme auxquelles elles ont du/pu faire face. Au delà de la mise en commun des expériences et de leurs analyses structurelles, il nous semble important d’essayer de penser collectivement des stratégies de défense et d’action. Comment provoquer -quand on le peut- du changement dans nos espaces d’actions ? Comment trouver des allié-e-s ?

C’est dans le sillage de ce chantier que le CRIDEV a organisé sa quatrième « causerie féministe » le 17 février dernier. Cette soirée a été organisée en mixité choisie, sans hommes cis-genre, pour permettre une plus grande liberté de parole. Les locaux du CRIDEV ont accueilli ce soir-là une douzaine de participantes et les échanges ont été nombreux et très riches !

Nous avons commencé la causerie par l’écoute de témoignages (enregistrés, podcast…) de personnes ayant vécues des discriminations et des oppressions sexistes, souvent articulées à d’autres oppressions (racistes, âgistes, classistes… #intersectionnalité des rapports de dominations). Nous nous sommes demandées ce que ces expériences avaient comme dénominateurs communs ou au contraire en quoi elles pouvaient être spécifiques aux milieux – professionnel ou militant – dans lesquels elles s’ancraient.

Nous avons pris un temps pour mettre par écrit nos impressions, ce qu’on retenait des échanges. Certaines ont commencé à mettre en mots une situation tirée de leur expérience personnelle.

Puis, après une pause et un petit buffet dinatoire bien mérité, on s’est attaquée à l’analyse de ces situations d’un point de vue plus systémique. Place aux ressources ! Podcasts, extraits d’articles, BD… sont venues étayer les pistes de réflexion mais aussi et surtout les pistes de solutions pour combattre les différentes formes de sexismes et pour (re)penser nos places quand nous sommes également du côté de l’oppresseuse.

Petit échantillon des réflexions qui ont pu émerger de cette soirée « laboratoire » :

La division genrée des tâches : « c’est vrai pour tous les milieux, y compris dans le domaine privé. Par exemple, dans une colocation mixte, ou en vacances avec des hommes, ce sont souvent les femmes qui s’occupent du travail reproductif (entendre les tâches ménagères, la préparation des repas, etc). Dans nos milieu professionnels et militants, c’est également le cas, lors d’une réunion, bien souvent ce sont les femmes qui vont se charger de l’accueil, du café, des réservations de salle, de tous « les petits à côtés » qui garantissent le bon déroulement, qui déchargent les hommes de ces tâches là pour se concentrer sur… « le reste, le fond, l’important ». Et parfois, on « aime bien » faire ces tâches là, car on sait que personne ne va trouver quelque chose à redire, ou bien nous expliquer comment faire. On s’y sent confortées, valorisées, ce qui n’est pas le cas sur d’autres tâches car nous avons été en partie socialisées selon cette division. C’est parfois reposant de se « conformer » à son rôle genré car on est moins scrutées, attendues au tournant, jugées. »

Fraternité, sororité, affects affinitaires… : « Ce qui est particulièrement difficile dans le sexisme vécu en milieu militant, c’est que, contrairement au milieu professionnel, on est censé avoir des points communs, des idées convergentes avec les personnes du groupe. C’est d’autant plus compliqué de constater un manque de solidarité par rapport aux discriminations sexistes alors que sur d’autres points on peut se rejoindre. Parfois, les militants deviennent des bons amis, et comme dans tout groupes d’affinité, le manque de soutien peut énormément surprendre et blesser car ce sont les affects sont en jeu. ” Une participante manifeste son étonnement quant à des hommes non solidaires des questions féministes alors qu’ils se revendiquent « par contre » anti-capitaliste. Le sexisme n’est pas qu’une « affaire d’hommes » : une participante explique que les pires remarques sexistes qu’elle ait pu subir ont été à l’initiative de femmes. Une autre confie qu’elle est probablement parfois oppressive malgré elle, car le sexisme est quelque chose de profondément intégré dans la société, dans notre éducation. Il peut exister un rapport conflictuel et concurrentiel entre femmes. Le développement de la sororité apparaît comme quelque chose de primordial car sinon, la stratégie du « diviser pour mieux régner » triomphe. Il est important de se parler, de partager des expériences communes, pour être plus fortes, ensemble, et se sentir soutenues.

Paternalisme partout : On peut constater le désintérêt de beaucoup d’hommes en ce qui concerne les questions féministes. Une participante pense que beaucoup comprennent les enjeux mais décident de ne pas s’y impliquer, voire participent à dénigrer les luttes féministes, soit avec l’argument qu’il ne s’agit pas de la lutte prioritaire, soit en leur expliquant qu’elles sont trop radicales. Comme une leçon de morale qui leur est faite, on leur dit parfois comment il faudrait qu’elles s’y prennent pour faire valoir leurs revendications. Il s’agit d’une forme de paternalisme, une envie de certains hommes « d’aider les femmes » à faire telle ou telle chose. On retrouve cela en milieu professionnel, ou bien souvent le rapport de genre se combine à un rapport hiérarchique (les hommes occupent majoritairement les postes à responsabilité). On entend souvent des commentaires, un peu légers ou humoristiques, sur la place des femmes, « il faut qu’elles s’affirment », « ah oui il faudrait la parité, pourquoi nous ne vous présentez pas »… Cela participe d’un dit « sexisme bienveillant », tout aussi contraignant, restrictif et oppressant que les autres manifestations sexistes puisque ce sont des formes de sexismes ! (#parternalisme).

Paroles, paroles, paroles… encore des paroles : Alors que dans les milieux militants « anti-autoritaires » on pourrait penser à une prise de décision via le consensus, il revient quasi-systématiquement aux hommes la décision finale, via la prise en compte de la majorité. Un travers identique aux milieux professionnels en fait ! On écoute plus les hommes que les femmes, et ce, même si on est soi-même une femme. Ce que dit un homme est considéré comme plus important, cela semble avoir toujours plus de poids (cf. article le travail de la conversation). Dans un petit groupe, on discute de ce que les femmes d’un collectif mixte, essaient de mettre en place comme règles pour renverser ce rapport de domination dans les prises de paroles. Rien de magique ici mais fixer collectivement un cadre de régulation peut permettre une amélioration : modération des prises de parole, laisser la parole de préférence à celleux qui ne l’on pas encore prise, organiser des temps en mixité choisie pour se renforcer…

“Virilisme quand tu nous tiens…” : Dans ces milieux professionnels et militants, certains hommes sont particulièrement « fiers », s’affirment, parlent haut et fort : il y a un certain « virilisme du militantisme » mais aussi « virilisme professionnel ». Il semble délicat pour les hommes militants de reconnaître leurs torts ! Idem dans des contextes pro ! En fait dès qu’il est question d’exprimer ses idées, ses réflexions… le virilisme est là. Les hommes ont aussi intégré ces normes de socialisation viriliste par lesquelles ils doivent perfomer.

Alors que fait-on ? Passés ces constats, comment peut-on agir, à quel niveau, individuel/collectif ? Au Cridev, à travers notre petit chantier, cette causerie et leurs suites, on souhaite construire un outil qu’on espère utile et pertinent pour lutter contre les sexismes dans ces milieux (et tous les autres !). Notre idée aujourd’hui est de rassembler des récits de faits, de situations de sexisme dans les milieux militants et professionnels, de les analyser et de pouvoir en extraire des pistes pour enrayer ce qui se (re)joue.

Si questions ou envie d’en savoir plus sur l’outil pour éventuellement y contribuer, n’hésitez pas à passer au Cridev lors de nos permanences pour en causer avec l’équipe…

Édito écrit par Laure et Léa

Aller plus loin – Podcasts

Les couilles sur la table #7 – « Qui sont les harceleurs au travail ? »
Victoire Tuaillon, Binge Audio, 07/12/2017

Yesss #9 – « Warriors en milieu militant »
Yesss, 05/05/2019

Un podcast à soi #1 – « Sexisme ordinaire en milieu tempéré »
Charlotte Bienaimé, arteradio.com, 04/10/2017

Aller plus loin – BD

« Tu t’en fous de ce que je raconte ? » – les pratiques des hommes et des femmes dans la conversation »
Marine Spaak, dansmontiroir, 14/01/2018

Aller plus loin – Articles

« Hommes anarchistes face au féminisme – Pistes de réflexion au sujet de la politique, de l’amour et de la sexualité »
Francis Dupuis-Déri, Réfractions #24, 04/2010

« La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation »
Corine Monnet, Nouvelles Questions Féministes, 1998

Aller plus loin – Essais

Lutter ensemble
Juliette Rousseau, Éditions Cambourakis, 2018

Rupture anarchiste et trahison pro-féministe
Léo Thiers-Vidal, Éditions Bambule, 2013