Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Logo du site

Accueil > slider > Édito : « La maison brûle : il y en a qui crament plus vite que d’autres… (...)

Édito : « La maison brûle : il y en a qui crament plus vite que d’autres… »

La maison brûle : il y en a qui crament plus vite que d’autres…

En cette rentrée, commençons cet édito par un exercice pratique :

Quelles sont les « compétences » que vous jugeriez importantes pour la fin du monde tel qu’on le connaît ? (#climat #théorie de l’effondrement de la civilisation industrielle)

J’ai moi-même essayé de faire une liste de ces choses utiles à savoir faire :

- émettre en radio (transmission d’information sans internet) ;

- la diplomatie ;

- la médecine (beaucoup) ;

- cultiver des légumes ;

- savoir quoi et comment cuisiner ce qui est à disposition immédiate ;

- gérer l’eau (dépollution, quantité, accès) ;

- construire/ réhabiliter des lieux d’habitats ;

- communiquer en plusieurs langues, majoritaires et minoritaires ;

- faire vivre et transmettre des outils de prises de décisions… pour groupes et collectifs éphémères ou stables, mixtes ;

- soin communautaire ;

- ...

Bon, l’idée n’est pas de se transformer en couteau suisse multi-fonction ! D’ailleurs, la liste est encore à élargir pour tout contenir.
Cet exercice nous permettra peut-être de réaliser qu’en fin de compte on sait faire des choses, et potentiellement on contribue d’ores et déjà au domaine collectif. Alors déjà bravo, et moi, j’en profite aussi pour vous dire bienvenue !

Bienvenue,
Bienvenue dans la suite de votre vie.
Peut-être dans ces prochains mois, ou prochains jours (!) vous aurez un poil de temps, un poil d’énergie (ou un poil d’argent) à proposer. Si c’est le cas, bienvenue dans ce monde grand, infini et multiple des luttes rennaises et de partout ailleurs où les gens circulent, bougent, et les histoires s’entrecroisent. Si ce n’est toi, c’est peut-être ta-ton voisinE qui a quelque chose à raconter, sur l’influence des systèmes injustes, ces systèmes oppressifs. (#Capitalisme #Patriarcat #Colonialisme-Néocolonialisme)

D’ici une décennie ou deux, on aura dépassé l’espace climatique dans lequel l’humanité a évolué. Les groupes opprimés le ressentiront en premier, celleux dont on a exploité les corps et les terres, et le tout a finalement déjà commencé depuis longtemps. Quand ça aura touché celleux au pouvoir, ça sera à partir de là « qui vivra verra ».
En attendant, les états deviennent de plus en plus répressifs. Je pourrais citer la répression militaire qui frappe les EgyptienNEs descendues dans la rue cette semaine, mais on peut s’arrêter à la France. Un état qui se fond dans une amnésie de reconnaissance, un goût certain pour l’accumulation de capital par les plus riches, et où en parallèle des centaines de personnes campent dans un parc public de la Ville de Rennes sous des tentes et ce sans aucune action des politicien-ne-s !

Bon.
Nous voilà au milieu de tout ça. Les conséquences fâcheuses sur le climat et nos vies sont intimement liées car issues des mêmes systèmes oppressifs, et il va falloir prendre ça en compte dans nos luttes. Et les adapter.

Le Cridev, c’est en jeune personne avec des fourmis dans les jambes que je l’ai rencontré. Quelques années plus tard, c’est en militantE plus renseignéE, et par ailleurs pourvue d’une licence en sciences de la vie et de l’environnement, d’une hargne féministe et la drôle ambition de Queer’iser1 un peu tout, que j’y suis retournéE.

Autant je n’y connais rien en médecine, autant écouter je sais faire. C’est d’ailleurs ça que je fais au Cridev, je propose d’écouter ensemble des paroles rapportées, enregistrées, transmises.
Écouter les histoires de mes paires, des individuEs qui constituent les groupes et collecter les récits qui seront à transmettre au moment venu. Car je crois en l’intelligence collective et à la multitude de rencontres qui mènent à penser le monde d’une manière plus réaliste ainsi qu’à l’impact de chaque action cumulée aux autres. Chaque petit bout de « non, on n’accepte plus ça chez moi », « non, ça ne me va pas comment ça fonctionne » « à partir de maintenant, on propose que ça se passe autrement ».

Je crois aussi que tout commence par une première étape : savoir qui on est, d’où on parle. (#Travaille ton point de vue situé)
En évitant de regarder notre subjectivité en face, on loupe une grande partie de la réflexion politique et philosophique des amiEs, des camarades de luttes, des groupes et collectifs moteurs de changement partout sur le globe.
Je sais que je parle moi d’une place de privilégié. Dans son ensemble, à quelques choses près, tout le monde me veut du bien.
J’ai donc théoriquement plus d’énergie, plus de temps et peut-être plus d’argent à disposition. Car j’obtiens avec peu ce que d’autres obtiennent avec beaucoup. (Que ce soit plus de charge mentale, de temps ou d’énergie dépensée...)
Et c’est là que la possibilité de l’engagement, ce fameux « militantisme », à pu naître. Et d’une certaine manière, je vois ça comme une nécessité... et un luxe.

Nos situations de privilégiéEs dans un des multiples systèmes oppressifs nous donnent des responsabilités oui (#Travaille sur ta complicité et tes privilèges), mais ne vous détrompez pas, je ne pousse personne à arrêter ses siestes vitales de l’après-midi pour raison « qu’il y a réu’ » et « que le monde se fiche de savoir si j’ai mangé aujourd’hui, ou que j’ai écouté ma grand-mère quand elle avait besoin de me parler de sa vie pendant 3 heures ». Toutes ces choses qui font que vous, et votre entourage, êtes en vie, en santé, avec une identité propre, c’est ce que tout le monde vous souhaite.
Il ne s’agit pas de confondre luxe et luxe. Et une fois la réflexion politique poussée un peu plus loin, vous vous rendrez peut-être compte que tout ces « je ne fais rien » de votre quotidien sont beaucoup. Et qu’ils font partie intégrante de la santé communautaire, et donc des luttes. Car si vous vous engagez corps et âme, qui d’autres que les copaines militantes vous ramasseront à la petite cuillère quand vous aurez dépassé vos limites ? Il y a mille manières de lutter…

Enfin j’espère, une fois la machine enclenchée, une fois qu’on commence à gratter la surface de notre propre identité, de notre propre place dans un monde multiple, de nos propres capacités et limites, qu’alors on commence à « déconstruire ». Et plus on est à le faire, mieux c’est !

Pour s’entraider à gratter et déconstruire, des lieux existent, où que vous soyez. Si vous êtes rennaisE, j’aurai peut être le plaisir de vous croiser au Cridev, pour une causerie, un salon d’écoute, une lecture collective ou un chantier de réflexion (appelé chantier bénévole). Ou peut-être même à l’apéro de rentrée du 10 Octobre prochain ! Ou alors dans les nombreuses autres assos formidables rennaises (regardez sur Demosphère ! https://rennes.demosphere.net/). Ailleurs, n’hésitez pas à demander autour de vous, peut-être qu’il y a des ressources encore inconnues juste sous votre nez.

Sur ce,
Merci pour vos petits riens, vos grandes actions, vos retraites vitales, et vos grandes sorties dans la rue !
Et à bientôt j’espère.

Édito écrit par un·e bénévole du CRIDEV.

1 Queer est un terme anglo-américain à l’historique très long. Depuis l’insulte jusqu’à l’adjectif, il a d’abord été réapproprié par les militantes LGBTIA+ comme un verbe : To Queer something. Référence bouquin : Queer A Graphic History de Meg-John Barker et Julia Scheele.