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Édito : « Islamophobie : enjeux et réalités »

Islamophobie : enjeux et réalités

« La densité de l’Histoire ne détermine aucun de mes actes. Je suis mon propre fondement. Et c’est en dépassant la donnée historique, instrumentale, que j’introduis le cycle de ma liberté. »

Peau noire, masques blancs (1952) de Frantz Fanon.

Parmi les nombreuses réalités tronquées aux heures de grandes écoutes, vous les avez peut être entendu ces pseudo intellectuel-le-s nous (ré)expliquer en boucle à la télé, à la radio, dans la presse que l’islamophobie est entre autre une « création imaginaire », que «  le mot islamophobie est un instrument de pression sur les esprits libres », pire que « cela n’existait pas »…1

Pour en causer, nous avons souhaité « passer le mic » à Fadia, Sondos, Caroline et Kenza de l’association Jeunesse Musulmane de Rennes…

« Pour moi l’islamophobie est bien réelle et s’apparente à une peur de l’islam et des musulman-e-s due à un manque d’information, des idées reçues sur l’Islam.

L’islamophobie est selon moi une forme de discrimination parmi tant d’autres, telles que le racisme, l’antisémitisme, la négrophobie... C’est une peur d’autrui qui se traduit par des violences verbales, physiques et psychologiques. Dans le cadre de l’islamophobie, les coups partent envers les musulman-e-s réel-le-s ou supposé-e-s d’ailleurs !

On ne naît pas islamophobe on le devient…

En effet, notre environnement social, notre entourage, les médias classiques qui nous entourent etc participent à influencer, voire déterminent notre façon de penser, la perception que nous avons d’autrui et à interagir avec lui au quotidien. 
Si l’individu est en contact avec des sources d’informations peu fiables et déconnectées d’une réalité sociale, sa manière de penser son rapport aux autres va être biaisée.

On voit bien les fantasmes que se font les médias à notre sujet et ce au quotidien… On nous associe à différentes choses et on nous fait passer pour des gens dangereux, pour les boucs émissaires de tout les enjeux de ce pays…Ces messages quotidiens ont des impacts sur les gens qui nous entourent et de sérieuses répercussions (psychologiques) dont on ne parle peu ou pas… »

Comment l’islamophobie se traduit-elle au quotidien ?

« De mon expérience personnelle et celle de mes proches, l’islamophobie se traduit au quotidien par le regard, on ne s’en doute peut être pas mais les insultes et les remarques à caractère islamophobe sont encore assez rares (pour ma part). Ce qui est persistant au quotidien, ce sont les regards pesants, parfois craintifs ou haineux, qui se posent sur nous dans le métro, les bibliothèques, les restaurants, au lycée ou au travail…

Ma stratégie : répondre à ces attaques quotidiennes par le silence ou le dialogue. L’enjeu à mon sens est d’essayer de se protéger individuellement mais plus encore : agir collectivement, sur l’islamophobie et plus globalement le racisme structurel dont émane les agressions individuelles.

C’est un combat lourd et qui passera selon moi par un espace qui est resté vide et trop peu souvent investi ou accessible à savoir le champ associatif dans un premier temps offrant une marge de manœuvre aux personnes musulman-e-s pour faire passer leurs messages et s’auto-organiser. »

Un petit mot sur l’association Jeunesse Musulmane de Rennes (JMR)…

« L’association Jeunesse Musulmane de Rennes a pour but de lutter contre l’isolement spirituel, faire en sorte que les musulman-e-s puissent aussi bien agir pour le bien de leur « communauté de foi » que le reste des citoyen-ne-s. Montrer que nous pouvons nous développer à notre façon, nous organiser par et pour nous-mêmes sans avoir forcément besoin de personnalité politique pour nous épauler.
Nos activités au quotidien sont la réalisation de maraudes, la mise en place de conférences sur différents sujets pour pouvoir faire découvrir à notre « communauté » et à l’ensemble des citoyen-ne-s la richesse et la diversité de nos opinions, de nos pensées, de nos cultures, de nos religions et ce, tout en harmonie et dans le respect des un-e-s et des autres.

J’ai personnellement décidé de rejoindre JMR pour pouvoir œuvrer dans différentes activités tout en pouvant être à l’aise avec une partie de mon identité c’est à dire, ma foi. »

En tant qu’allié-e-s-complices au CRIDEV nous avons pris le parti de veiller à nous (ré) interroger perpétuellement sur nos propres schémas de pensées dominants et oppressifs acquis au fur et à mesure de notre parcours scolaires entre autre (les mythes et récits nationaux). Pour cela, nous continuons à cheminer à travers la mise en place de causeries comme celle qui aura lieu le dimanche 20 Mai prochain dans le cadre de Rennes au Pluriel 2018. Ce temps est co-construit par les camarades JMR et l’association des femmes musulmanes de Rennes Al Houda avec comme enjeux : redonner leurs grandeurs à des mots trop souvent détournés de leurs sens, de leur philosophie et spiritualité originelle, de mettre en lumière tant les racines que les enjeux des luttes structurelles portée par les personnes concernées.

Parler et conscientiser sur ce que l’on peut à juste titre nommer - une islamophobie institutionnalisée - comme en témoigne par exemple la loi de 2004 sur « l’interdiction des signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics français » et ce au nom de la protection de la laïcité. Ce dispositif législatif n’admet pourtant qu’un seul bilan après quatorze années d’existences (qui avait déjà été prédit en 2004) : autorisé et libéré dans la pratique, l’islamophobie.

En effet, cette loi a créée de fait une laïcité falsifiée qui ne recule devant plus aucune aberration lorsqu’elle permet au moindre plus petit des fonctionnaires de briser la scolarité et la dignité de femmes sans que personne ne s’en émeuve, ni ne réagisse. Une laïcité dénaturée donc devenue définition officielle d’État et qui au vu de ses résultats ne laisse plus de doute autour des intentions ayant mené le législateur à voter cette loi.

Dans le cadre d’un travail sur les questions féministes, l’idée est également de se former et d’apprendre de luttes occultées par la domination hégémonique universitaire occidentale et par les médias de masse, à savoir les différents courants de féminismes islamiques, leurs historiques à travers les trajectoires de femmes et féministes musulmanes, tant inspirantes dans la lutte contre le patriarcat.

Depuis la fin des années 80, le combat des personnes concernées pour faire respecter leurs droits les plus légitimes n’a jamais cessé et demeure dramatiquement d’une importance capitale.

Face aux oppressions (coloniales, racistes, capitalistes, patriarcales), les résistances sont des devoirs et ce en gardant toujours en tête le rôle de chacun-e dans les luttes et en travaillant sur nos privilèges.

Édito co-écrit par Fadia, Sondos, Caroline, Kenza, Elise S et Damien pour le CRIDEV

1 Propos de l’essayiste Pascal Bruckner dans le cadre de la présentation de son livre : « Un racisme imaginaire, islamophobie et culpabilité. »

Pour aller plus loin

« Lettre à la République »
Kery James, 2012

« Don’t Laik »
Médine, 2015

Le site internet du Comité Consultatif contre l’Islamophobie en France
http://www.islamophobie.net

« L’islamophobie ne sera jamais une réponse à l’antisémitisme »
Marwan Muhammad, 23/04/18

« Vers une radicalisation de la laïcité en France ? »
Fatma Zragua, Rapport sur l’islamophobie pendant l’année 2017 : dates, chiffres et questions, page 24, 11/04/18

« Les dégâts psychiques de l’islamophobie »
Adele Marri et Fatima Touhami, Ibid., page 51, 11/04/18

« Stratégies spatiales et comportementales des femmes voilées en réponse à l’islamophobie à Paris »
Kawtar Najib, Ibid., page 43, 11/04/18

« Les féminismes islamiques au tournant du XXIe siècle »
Stéphanie Latte Abdallah, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, numéro 128, 15/12/10

Féminismes islamiques
Zahra Ali, Éditions La fabrique, Paris, 2012

Un racisme à peine voilé
film documentaire de Jérôme Host, 2004

« Le féminisme islamique, vingt ans après : économie d’un débat et nouveaux chantiers de recherche »
Stéphanie Latte Abdallah, Critique internationale, numéro 46, janvier-mars 2010

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